Foreign guest

  • Gabriel Racine, Switzerland.

writer-12J’ai fait mon premier voyage au Népal en 1980, à l’âge de 21ans. Je viens d’un pays montagneux et la vue de belles montagnes me procurent toujours une émotion particulière. A la fin de mon premier voyage, assis sur une crête au-dessus de Pokhara au lever du jour, j’admirais les Himalaya, les Annapurna, le Machhapuchhare et l’Annapurna South, le Dhaulagiri et je me promis de revenir l’année suivante pour visiter les vallées menant à ces majestueuses montagnes. Mais ma fille est née et il ne me fut pas possible de repartir en voyage.  En fin de compte, je dû attendre 20 ans avant de pouvoir faire un second séjour dans ce pays qui avait touché si profondément mon cœur.

Depuis 2001 jusqu’à aujourd’hui, j’ai effectuée sept séjours dans votre si attachant pays. J’ai rencontré des maoïstes, parlé avec eux et essayé de comprendre le sens de leur combat. J’ai vu les dégâts que cette longue guerre civile a produit. Chez les hommes, qui ont vécu dans un climat de guerre, de peur, qui ont violé leurs compatriotes, qui ont perdu des amis, également tués par des compatriotes.  J’ai vu les dégâts sur la psychologie des femmes, celles qui ont subi la violence, celles qui ont perpétré de la violence et ont eu de la peine à se réinsérer dans une société en paix. J’ai vu les dégâts sur l’économie du pays, le tourisme en chute libre, les écoles fermées et les jeunes désœuvrés et sans instructions qui viennent maintenant grossir les rangs des jeunes désespérés de Kathmandu qui errent dans les rues et mendient ou volent.

En Suisse, je suis travailleur social et thérapeute de famille : je travaille dans un hôpital universitaire et collabore avec le groupe de protection de l’enfant. Dans votre pays, j’ai suivi et aidé pendant douze ans une famille gurung vivant près de Ghandruk. Ils avaient sept enfants et un jour, un de leur beau-frère est parti en ville avec Bipana, la fille de 11 ans. Sur le trajet, il l’a violée puis l’a jetée dans une rivière depuis un pont, pour faire croire qu’elle s’était noyée. La police l’a arrêté et il a passé trois mois en prison. Les parents de Bipana ont emprunté une très importante somme d’argent et ont voulu qu’un procès ait lieu. Selon eux, cet homme devait être sévèrement puni. Ils souhaitaient le voir en prison pour une vingtaine d’année. Je pense que cela est tout à fait légitime et approprié. En Europe, ce serait le minimum.

Le juge a reçu deux fois les parents de Bipana. Il a également entendu l’assassin et des membres de sa famille. Ils avaient beaucoup d’argent. Trois jours après la dernière audience, les parents de Bipana ont appris que l’assassin, Suk Bahadur Gurung, était libre et vivait tranquillement, quelque part dans Pokhara.

Bien sûr que cela est révoltant ! Bien sûr que cela est inhumain !  Bien sûr que cela n’aide pas à avoir foi dans les institutions de son pays. Je ne suis pas politicien et ne le serai jamais. D’autres sont fait pour ça. Pas moi. Mais je suis un citoyen et lorsque je vois le projet de votre nouvelle constitution, j’ai froid dans le dos ! J’ai peur pour vous. Vous me faites peur et en même temps j’ai confiance en vous. Confiance pour que vous fassiez des choix humains, modernes et surtout des choix qui mettent hommes et femmes à égalité. Car cela est le plus grand indicateur d’une vraie démocratie.

(Gabriel Racine, social worker, Switzerland)