Moments difficiles de la vie de Rojy Adhikari en Belgique (première partie)

La nuit du 19 Baishakh 2066 BS a été la plus sombre de ma vie. (2 mai 2009)

Rojee-ADHIKARI

rojee-adhikariDes suggestions pour la Belgique.

Planifier de partir à l’étranger d’accord mais où aller ? La plupart des gens me suggéraient d’aller en Belgique, car il y avait là-bas beaucoup de népalais. S’il y avait des problèmes, ils m’aideraient. Aussi, je pourrais parler népalais et je n’aurais pas à rompre avec ma culture et mes traditions. Sur leurs conseils, j’ai décidé de partir en Belgique. D’abord je suis arrivé à Bruges où je connaissais un frère.

Je n’étais pas bonne en anglais. En Belgique il y a 2 langues nationales : le Français et le Flamand. C’était très difficile pour moi. Il n’y avait pas moyen de parler ces langues. Pour séjourner et travailler là-bas, j’avais besoin de papiers. Pour obtenir ces papiers c’était très difficile. Que faire ? Mes relations m’ont suggéré de demander le statut de réfugié, il n’y avait pas d’autre alternative. Des camps de réfugiés avaient été ouverts. Et pour obtenir le statut de réfugiée, il fallait rester dans un camp jusqu’à ce que notre cas soit résolu. Lorsque j’étais dans le camp, je parlais régulièrement au téléphone avec mes proches. Je n’avais nulle part où aller, alors je passais mon temps à discuter au téléphone avec eux.

Proposition de mariage avec un inconnu

Alors que je me préoccupais des papiers, un inconnu a commencé à m’appeler. Il avait eu mon numéro de téléphone par quelqu’un d’autre. Il m’appelait toutes les nuits. Il me disait qu’il me connaissait très bien, mais pendant très longtemps il ne m’a pas donné son nom. Je ne lui ai rien dit de désagréable car il ne l’avait jamais fait non plus. Il parlait très bien et il était très persuasif. Je lui ai demandé : «Comment avez-vous eu mon numéro de téléphone et qui êtes vous ? » Il m’a répondu : « Personne ne m’a donné votre numéro, je l’ai trouvé par moi-même et je vis en Belgique ». Comme nous parlions régulièrement au téléphone, il a décidé de venir me voir au camp. « Etant népalais, je voudrais vous aider ». Il a essayé d’être plus proche de moi progressivement et il a commencé à me dire qu’il n’était pas marié. Un jour, il m’a fait une proposition directe : « Je sais que vous êtes veuve et je voudrais vous épouser ». J’étais choquée de cette proposition parce que je ne pensais pas qu’un célibataire népalais voudrait se marier avec une veuve. Je me demandais comment il pouvait me proposer ça. Je pensais que vivant à l’étranger depuis longtemps il avait changé de mentalité. Plus tard, il m’a dit qu’il était originaire de Chitwan et qu’il s’appelait Kiran Kafle. Je l’ai rencontré pour la 1ère fois en décembre 2010. J’étais en Belgique depuis 3 mois. Il m’a demandé de venir chez lui plusieurs fois, alors un jour j’ai demandé à quelqu’un du camp de m’aider à demander un congé du camp pour une journée car je ne parlais pas la langue. Il m’avait dit qu’il vivait à Bruxelles mais ce jour-là, il m’a emmenée à Bruges dans son appartement français. Je lui disais que j’étais une personne blessée, que j’avais un fils au village, et donc je ne pouvais pas me marier comme il me le proposait. Il a essayé de me convaincre en m’expliquant que cela n’avait pas d’importance pour lui et il m’a emmenée à Bruges. Je lui ai demandé : « Pourquoi ne m’emmenez-vous pas à Bruxelles ? » Il m’a dit qu’à Bruges, ses amis avaient pris un autre appartement. C’est dans cet appartement que nous avons eu nos premières relations.

Relations physiques avec un inconnu

Plus tard j’ai appris qu’il n’était pas célibataire. En fait, il était marié avec une femme belge prénommée Chantal. C’est pour cela qu’il m’avait emmenée chez ses amis plutôt que chez lui. Il avait 31 ans et il s’était marié 16 ans auparavant avec Chantal pour obtenir la nationalité belge et les aides financière en Belgique. Il a gardé cela secret jusqu’à ce qu’il retourne au Népal voir sa femme et ses enfants. En Belgique, il avait une femme Chantal et au Népal une autre. Non satisfait de ça, il voulait également se marier avec moi. Alors qu’il essayait de me convaincre d’être sa femme, je lui ai demandé : « Pourquoi m’aimes-tu alors que tu as une femme étrangère ? Pourquoi me mens-tu pour te marier avec moi ? ». Il a répondu : « Je me suis marié avec une belge pour avoir des papiers, maintenant, je l’ai quittée et je veux vivre avec toi ». Il a essayé de me persuader mais je ne le croyais pas du tout. Lorsqu’il m’a proposé de m’épouser, j’ai demandé conseil à mes parents et à mes frères au Népal. Alors seulement, il m’a emmenée chez lui. J’étais une personne blessée, je n’aimais pas faire ça, lorsque nous serions mariés nous ne serions plus qu’un, alors j’ai tout accepté. A cette époque, il avait pris ce logement avec un ami Raju Kandel. Il m’y a amenée quand Raju Kandel était en voyage au Népal. Il n’avait pas de bonnes relations avec lui et tous les deux ne se parlaient même plus. Raju Kandel m’a dit un jour : « sœur, Kiran a l’habitude d’amener des filles pour des relations sexuelles lorsque je ne suis pas là ».

Plusieurs idées pour tromper

Il avait fait beaucoup pour me convaincre et me tromper. En Janvier 2011, il est parti au Népal. Là-bas, il a rencontré ma mère et lui a dit qu’il voulait m’épouser. Il avait pris un ordinateur dans ses bagages. A Boarding Skool, il a rencontré mon fils, né en 1998. Il m’a donné la possibilité de lui parler avec Skype. Il a mangé avec mes sœurs. Il a parlé gentiment avec tous les membres de ma famille, alors, avec une telle conduite, tout le monde l’aimait et pensait : « Rojy n’aura pas de problèmes si elle se marie avec cet homme », ils en étaient convaincus. Il a assuré à ma famille que nous pourrions nous marier dans le respect des traditions. Je lui avais dit : « Je suis veuve, tu es célibataire, alors tu vas avoir des ennuis si tu m’épouses. Penses-y sérieusement ». Mais il m’a répondu que tout irait bien et qu’il ne me tromperait pas.

En fait, je me suis rendu compte qu’il était étroit d’esprit. Un jour il m’a pris mon téléphone et a effacé tous les contacts de mes amis et de ma famille. Au début, je ne gagnais pas bien ma vie, j’avais besoin de quelques affaires du Népal, et je lui ai demandé de mes les apporter. Je pensais qu’entre mari et femme tout était en commun. Je lui ai demandé de rapporter, veste, bijoux en or et autres biens achetés par mon précédent mari. C’est ainsi qu’il a rencontré tous mes proches au Népal. Quand il est revenu, il a rapporté tout ce que je lui avais demandé. En arrivant en Belgique j’avais hypothéqué mes biens en or. J’ai donné à Kiran le reçu pour

récupérer cet or. J’avais quelques bijoux et de l’or. Un jour Kiran m’a dit qu’il voudrait faire un bracelet avec cet or. J’étais d’accord parce qu’il était mon mari. Il a fait faire un bracelet de 25g et l’a mis à son poignet. C’était un gros bracelet qu’il portait au bras. Autour du cou, il portait en revanche une petite chaîne, je trouvais que ça n’allait pas avec le bracelet alors je lui ai donné une autre chaîne de 25 g. En lui donnant cette chaîne je pensais à mon premier mari.

Lorsqu’il est revenu du Népal, il m’a parlé de sa femme et de ses enfants là-bas, j’étais atterrée et je ne lui ai plus parlé pendant 15 jours. Alors de nouveau il m’a appelée pour me convaincre. « Ne sois pas furieuse, rencontrons-nous et nous parlerons. Je ne suis pas le seul à avoir 2 femmes. Je t’aimerais beaucoup et te garderai avec moi ». Je lui ai demandé : « Que feras-tu de ta femme népalaise ? Et à ta femme en Belgique ». « Je la garderai là-bas au Népal et je te garderai avec moi ici, et divorcerai de Chantal, nous nous marierons et vivrons ensemble ». Mais il mentait encore ! Il avait déjà divorcé de Chantal en Belgique pourtant ils vivaient toujours ensemble. Un jour, j’ai eu une dispute avec lui et lui ai demandé de me rendre tout mon or. Il m’a demandé: «quel est le prix de ton or?» J’ai répondu: «Je ne veux pas le vendre, tu es mon mari je veux le garder pour plus tard ». Alors, après m’avoir déshabillée, il s’est mis à me battre avec sa ceinture. En fait, il avait donné tout mon or à sa femme au Népal. Jusqu’à maintenant, il ne me l’a pas rendu.

Pas d’égard bien qu’enceinte

Même dans une relation comme ça, j’étais tombée enceinte. Je ne l’ai su qu’après 2 mois et demi et lui ai dit : « Je crois que j’attends un bébé, nous devons faire un test ». Il m’a dit d’y aller toute seule, mais je n’avais pas d’argent : «Demande à quelqu’un d’autre pour en avoir !» Je lui ai demandé de m’emmener en voiture, mais sa voiture avait été confisquée par la police après une dispute avec quelqu’un. « Si nous allons par le train, cela fera des dépenses, alors vas-y toute seule ». Sachant que j’étais enceinte, il a arrêté de faire attention à moi. Ses amis l’ont poussé à venir avec moi pour faire ce test. Il leur a dit : «Vous pouvez aller avec elle ». D’un autre côté le médecin m’a dit que ce serait mieux d’avorter, mais étant une personne blessée c’était plus risqué. Pour des personnes blessées, l’avortement présente plus de risque.

J’ai demandé à Kyrian de venir avec moi pour faire un test, mais il n’est pas venu. Lorsqu’il a su que j’étais enceinte, il n’est plus venu, il s’en moquait. Je n’avais pas d’argent. Lorsque j’ai demandé de l’argent à mes frères je savais qu’ils ne m’en donneraient pas. A la place ils m’ont rejetée car j’étais enceinte sans être mariée. Depuis ce temps, je ne leur ai plus rien dit de cette histoire.

Après 14 semaines, le médecin m’a dit que l’avortement n’était plus possible. J’avais vraiment des problèmes. Je n’avais pas de bon travail et pas de papiers pour pouvoir rester en Belgique. Je sentais que mon cœur allait exploser car j’avais tout donné à mon mari : mon cœur, mon âme, mes biens. Il n’y avait pas d’autres solutions que de pleurer. Dans cette situation, une de mes amies nommé Mingma Sherpa, m’a soutenue : «Ne t’en fais pas je vais m’occuper de toi, Kiran n’est pas une bonne personne, comme nous le croyions. J’ai des papiers, tu peux travailler et habiter avec moi ». J’ai donc vécu avec elle, jusqu’à maintenant.

(Ce texte est traduit du livre népalais ‘Dukheko Europe’ (mes souffrances en  Europe) . Ce livre relate les histoires de 29 Népalais ayant choisi de venir  vivre dans différents pays d’Europe. Ils racontent leur espoir d’une vie meilleure mais aussi leurs luttes, leurs souffrances,  leurs douleurs dans la dure réalité de leurs expériences.

Le livre, écrit en Népali par Dadi Sapkota qui a interviewé ses  compatriotes, est en cours de traduction par Marie-Faustine en langue française avec l’aide de son ami népalais. D’autres textes suivront.)

photo par Sher Bahadur Chhantyal