Plus d’un siècle d’anciens ouvrages français sur le Népal

(par S.E. M. Dilli Raj UPRETY, ancien Ambassadeur du Népal en France)

(photo- Dadi Sapkota)
Deux mots français, Automne et Hivert, sont gravés sur l’un des murs de l’ancien palais Hanuman Dhoka. Ces mots, alignés avec d’autres termes étrangers, ont été tracés en 1654, sous le Roi Pratap Malla. Comment ces mots ont-ils atteint le Népal et pourquoi le Roi poète Pratap Malla les a-t-il choisis demeure une énigme. A la même époque, les pères d’Orville et Grueber, missionnaires chrétiens, passèrent par Katmandou (Cadmendu), de retour de Pékin et Lhassa et en route pour Rome. Le récit de Grueber fut ensuite publié, indiquant que l’auteur et son compagnon avaient séjourné à Cadmendu vers 1660, période d’alliance entre le Roi Pratap Malla de Katmandou et le Roi Sri Nivasa Malla de Patan contre le Roi de Bhaktapur.

Un autre voyageur français, Jean-Baptiste Tavernier, présent en Orient juste après Grueber, a aussi laissé, rédigées à distance, des impressions du Népal (« Les six voyages de Jean Baptiste Tavernier »).

Il sillonna la plaine gangétique du Nord de l’Inde avec un autre scientifique français de renom, M. Bernier, employé comme docteur en médecine par l’Empereur moghol Aurangzeb. Tavernier était à Bénarès et Patna en décembre 1665. Bien que certains de ses commentaires sur le Népal paraissent incongrus, sa description du pays constitue, globalement, une source d’information utile. Les ouvrages ci-dessus mentionnés retracent des faits historiques, et constituent une preuve de l’existence de liens entre le Népal et la France depuis le XVIIème siècle.

La visite de Juang Bahadur en Europe et ses suites

La visite en Angleterre et à Paris de Jang Bahadur, alors Premier ministre du Népal, constitue l’étape fondatrice des relations officielles entre le Népal et la France. De nombreux scientifiques et orientalistes occidentaux prirent ensuite la route du Népal. A l’époque, l’entrée du pays était interdite aux étrangers, mais quelques Français bénéficièrent du rare privilège d’être invités à titre spécial par les autorités népalaises dans le cadre de missions scientifiques. Gustave Le Bon et Sylvain Lévi font partie des érudits ayant reçu une invitation du Népal à la fin du XIXème siècle.

Gustave Le Bon (1841-1931)

Gustave Le Bon, qui appartenait à l’Education nationale, avait été posté, pour des recherches archéologiques, dans les régions les moins connues du sous-continent indien. Homme de science, psychologue et philosophe, cet érudit aux connaissance encyclopédiques fut l’un des penseurs qui a le plus marqué le début du XXème siècle. Il voyagea longuement en Europe, en Afrique, au Moyen-Orient et en Inde. Ses livres sur « Les civilisations de l’Inde », « Les civilisations des Arabes », « Les monuments de l’Inde » sont bien connus. « Voyage au Népal », son ouvrage sur le Népal, a été publié en 1886 à Paris.

Il demeure l’un des meilleurs guides sur les monuments des trois villes de la vallée de Katmandou. Les illustrations – croquis et dessins élaborés à partir des photographies de l’époque – sont d’une qualité remarquable, raison pour laquelle maints nouveaux livres proposés par les libraires de Katmandou y ont encore recours. Il est triste qu’éditeurs et rédacteurs oublient généralement d’en saluer le véritable auteur. Comme beaucoup de temples et de monuments furent détruits lors du grand séisme de 1934, les responsables de la réhabilitation patrimoniale de la Vallée de Katmandou apprécient les illustrations de ce livre, qui leur permettent notamment de trouver l’emplacement exact, le style et la décoration des monuments en ruine.

Avec ses chapitres informatifs sur l’histoire, l’administration, la religion, le système des castes et les monuments du Népal, le livre est d’une lecture agréable. La description de Le Bon et l’analyse comparée des divers aspects du Népal nous aident à mieux comprendre ce pays tel qu’il était au XIXème siècle. Le public de langue anglaise sera heureux d’apprendre qu’une traduction vient d’en être publiée par les éditions White Orchid Press de Bangkok.

Sylvain Lévi

Un autre ouvrage important du XIXème siècle est le livre de Sylvain Lévi en trois tomes, « Le Népal : étude historique d’un royaume hindou », publié à Paris en 1905. Ouvrage fondamental sur l’histoire du Népal, il tente de situer l’étude de ce pays dans le cadre plus général du sous-continent indien, mais aussi du Tibet et de la Chine.

Sylvain Lévi a commencé à s’intéresser à la civilisation indienne après avoir terminé ses études d’histoire ancienne à l’université de la Sorbonne. Eu égard à l’importance du sous-continent indien pour la compréhension de l’histoire de l’humanité, à son caractère unique et à la nouveauté du sujet, il se lança dans l’étude de cette vaste civilisation encore peu explorée. Il acquit la maîtrise du sanscrit et étudia tous les matériaux sur la civilisation et la religion indiennes disponibles à Paris et Genève.

Son premier déplacement au Népal date de 1889. Il retourna dans ce pays en 1922 et 1928. Durant les temps reculés, le Népal se résumait à Katmandou et ses environs. La recherche de Lévi se limite à cette zone. Désormais considéré comme une autorité en matière de bouddhisme mahayana, Lévi a étudié avec minutie la société et la religion bouddhistes, et les relations entre Hindous et Bouddhistes dans la Vallée. Quand Lévi était au Népal, il avait connaissance de trente-neuf inscriptions sygillaires, dont vingt découvertes par lui-même. Les historiens du Népal en disposent actuellement de plus de quatre-vingt. Ils considèrent que l’approche et les conclusions de Lévi sur l’ère Lichhavi font autorité. Son interprétation de la chronologie des ères Lichhavi, Shaka, Amsuvarman et Manadeva, placée en regard des sources indiennes, tibétaines et chinoises disponibles, est employée comme cadre de référence par les historiens ultérieurs. Placées sous l’angle de la religion, ses recherches concernant la sociologie et la culture des Newar de la Vallée sont également tenues en haute estime.

Les experts français de la civilisation népalaise Marc Gaborieau et Gérard Toffin considèrent que « Le Népal : étude historique d’un royaume hindou » constitue la première histoire du Népal écrite de manière scientifique, et que cet ouvrage établit, dans ses grandes parties, une synthèse qui conserve toute son actualité.

Source- site officiale de l’Ambassade de la France à Katmandou