{"id":3304,"date":"2026-08-28T13:52:31","date_gmt":"2026-08-28T13:52:31","guid":{"rendered":"https:\/\/nepalplus.com\/french\/?p=3304"},"modified":"2026-08-28T14:00:37","modified_gmt":"2026-08-28T14:00:37","slug":"nous-sommes-desormais-tous-en-aval","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/nepalplus.com\/french\/content\/3304.html","title":{"rendered":"Nous sommes d\u00e9sormais tous en aval"},"content":{"rendered":"<p><strong>Le cycle de l\u2019eau est le grand \u00e9galisateur de la plan\u00e8te. Nous l\u2019avons oubli\u00e9. La crue est un rappel brutal.<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/bhotekoshi-trisuli-flood.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3306\" src=\"https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/bhotekoshi-trisuli-flood.jpg\" alt=\"\" width=\"900\" height=\"674\" srcset=\"https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/bhotekoshi-trisuli-flood.jpg 900w, https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/bhotekoshi-trisuli-flood-300x225.jpg 300w, https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/bhotekoshi-trisuli-flood-768x575.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong><em>Par Zakir Kibria<\/em><\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_3305\" style=\"width: 186px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Zakir-Kibria.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3305\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-3305\" src=\"https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Zakir-Kibria.jpg\" alt=\"\" width=\"176\" height=\"235\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3305\" class=\"wp-caption-text\">Zakir Kibria<\/p><\/div>\n<p>La nouvelle est arriv\u00e9e comme arrive l\u2019eau : d\u2019abord silencieusement, puis en un torrent rugissant.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait 9 heures du matin. Je venais de me r\u00e9veiller, encore engourdi par le sommeil, et je tendais la main vers mon t\u00e9l\u00e9phone lorsque la premi\u00e8re vid\u00e9o est apparue sur mon fil d\u2019actualit\u00e9. De l\u2019eau brune l\u00e0 o\u00f9 se trouvait autrefois une rue. Un pont qui se plie comme une feuille de papier. Un bus emport\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9, les mains de ses passagers visibles \u00e0 travers les fen\u00eatres, comme des images sorties d\u2019un cauchemar.<\/p>\n<p>Puis, sous les vid\u00e9os, les questions : <strong>Est-ce r\u00e9el ? Est-ce de l\u2019IA ?<\/strong> Notre esprit ne parvient d\u00e9sormais plus \u00e0 croire ce qui est r\u00e9el.<\/p>\n<p>Il y a quelques semaines \u00e0 peine, j\u2019\u00e9crivais dans ce m\u00eame journal sur la glace, sur cet univers vertical et glac\u00e9 du mont Everest : la cascade de glace du Khumbu, bleue et mill\u00e9naire, qui craque dans l\u2019air rar\u00e9fi\u00e9 ; le silence des champs de neige s\u2019\u00e9tendant jusqu\u2019\u00e0 un ciel qui semblait avoir oubli\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019existence du bruit.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, la glace nous r\u00e9pond. Non pas dans le langage des sommets et des drapeaux, mais dans celui de la fonte, de la boue et de la gravit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>LE \u00ab TROISI\u00c8ME P\u00d4LE \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Hindou Kouch-Himalaya est surnomm\u00e9 le <strong>\u00ab troisi\u00e8me p\u00f4le \u00bb<\/strong>, car il abrite les plus importantes r\u00e9serves de glace de la plan\u00e8te en dehors de l\u2019Arctique et de l\u2019Antarctique. Les scientifiques nous disent que cet univers gel\u00e9 se r\u00e9chauffe plus rapidement que la moyenne mondiale.<\/p>\n<p>La science peut sembler abstraite. Ce qui s\u2019est pass\u00e9 au N\u00e9pal cette semaine ne l\u2019est pas.<\/p>\n<p>Imaginez une seule goutte d\u2019eau de fonte au front d\u2019un glacier himalayen. Elle se m\u00eale \u00e0 d\u2019autres gouttes, puis s\u2019accumule dans un lac retenu par presque rien d\u2019autre qu\u2019un amas instable de roches et de glace : une moraine.<\/p>\n<p>Le lac est turquoise et immobile. Mais il est aussi une bombe \u00e0 retardement, suspendue \u00e0 la menace d\u2019un tremblement de terre, d\u2019une avalanche, de la gravit\u00e9 ou d\u2019une brusque acc\u00e9l\u00e9ration de la fonte lors d\u2019une journ\u00e9e particuli\u00e8rement chaude.<\/p>\n<p>C\u2019est ce que les hydrologues appellent une <strong>crue de d\u00e9bordement glaciaire<\/strong>, ou <strong>GLOF<\/strong> (<em>Glacial Lake Outburst Flood<\/em>). Et ces ph\u00e9nom\u00e8nes se produisent avec une fr\u00e9quence croissante \u00e0 travers le N\u00e9pal.<\/p>\n<p>La rivi\u00e8re ne demande pas de passeport. Elle ne s\u2019arr\u00eate pas aux fronti\u00e8res. Elle descend du plateau tib\u00e9tain, traverse les gorges \u00e9troites du N\u00e9pal, gagne le Tera\u00ef puis les plaines indiennes, avant de s\u2019\u00e9tendre finalement jusqu\u2019au delta du Bangladesh.<\/p>\n<p>Elle charrie des s\u00e9diments et du chagrin, ainsi que cette \u00e9trange d\u00e9mocratie de l\u2019eau.<\/p>\n<p>Les fronti\u00e8res sont trac\u00e9es sur la terre. <strong>L\u2019eau, elle, ne les a jamais respect\u00e9es.<\/strong><\/p>\n<p>Je suis toujours devant mon t\u00e9l\u00e9phone. Les images sont granuleuses. L\u2019eau a la couleur de la terre retourn\u00e9e.<\/p>\n<p>Une femme s\u2019accroche \u00e0 une corde tendue au-dessus de ce qui \u00e9tait autrefois une route. Une chaussure d\u2019enfant flotte dans le courant, petite, vive, bouleversante.<\/p>\n<p>Je n\u2019entends pas le grondement, mais je peux le ressentir.<\/p>\n<p>Le bruit des blocs rocheux qui s\u2019entrechoquent sous l\u2019eau.<br \/>\nLe bruit des fondations qui c\u00e8dent.<br \/>\nLe bruit du syst\u00e8me circulatoire d\u2019une plan\u00e8te en train de d\u00e9faillir.<\/p>\n<p>Et sous les images, les questions continuent :<\/p>\n<p><strong>Est-ce r\u00e9el ? L\u2019intelligence artificielle peut-elle produire une chose pareille ?<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons appris \u00e0 penser que ce qui para\u00eet incroyable est probablement faux. Les deepfakes ont colonis\u00e9 notre scepticisme. Les images g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par l\u2019intelligence artificielle ont \u00e9rod\u00e9 notre confiance dans nos propres yeux.<\/p>\n<p>Notre r\u00e9flexe est d\u00e9sormais de suspecter, m\u00eame lorsque notre corps sait mieux. M\u00eame lorsque l\u2019eau est r\u00e9elle, que la boue est r\u00e9elle, que les corps sont r\u00e9els.<\/p>\n<p>La trag\u00e9die n\u2019est donc pas seulement la crue.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi le fait que nous avons perdu le r\u00e9flexe de croire ce que nous voyons.<\/p>\n<p>La nature, semble-t-il, est toujours capable de produire l\u2019incroyable.<\/p>\n<p>La crue ne se soucie pas que nous y croyions ou non. Elle monte malgr\u00e9 tout. Elle d\u00e9truit malgr\u00e9 tout. Elle est r\u00e9elle, que la vid\u00e9o se charge ou non sur notre \u00e9cran.<\/p>\n<p>Les N\u00e9palais du Khumbu et les habitants de Barisal, au Bangladesh, regardent les m\u00eames eaux monter.<\/p>\n<p>Entre eux : des fronti\u00e8res, des langues, des passeports, des politiques.<\/p>\n<p>Au-dessus d\u2019eux : le m\u00eame ciel et les m\u00eames rivi\u00e8res atmosph\u00e9riques.<\/p>\n<p>Sous leurs pieds : la m\u00eame eau de fonte, qui cherche le m\u00eame oc\u00e9an.<\/p>\n<p>Pendant des si\u00e8cles, nous avons trac\u00e9 des lignes sur les cartes, construit des nations avec du papier et de la fiert\u00e9.<\/p>\n<p>Mais le cycle de l\u2019eau est le grand \u00e9galisateur de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p><strong>\u00ab Vasudhaiva Kutumbakam \u00bb : le monde est une seule famille.<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons pass\u00e9 tellement de temps \u00e0 l\u2019oublier.<\/p>\n<p>La crue est un rappel brutal.<\/p>\n<p><strong>COMMENT PORTER CE DEUIL ?<\/strong><\/p>\n<p>Comment porter ce chagrin ?<\/p>\n<p>Je suis en s\u00e9curit\u00e9 ici, pour l\u2019instant, dans cette pi\u00e8ce, \u00e0 cet instant pr\u00e9cis.<\/p>\n<p>Mes pieds sont au sec. Mon caf\u00e9 est chaud.<\/p>\n<p>La crue est ailleurs, r\u00e9duite \u00e0 des pixels, des l\u00e9gendes et des commentaires.<\/p>\n<p>Je fais d\u00e9filer l\u2019\u00e9cran. Je m\u2019arr\u00eate. Puis je recommence.<\/p>\n<p>C\u2019est la culpabilit\u00e9 du t\u00e9moin : voir la souffrance \u00e0 travers un rectangle de verre, poser son t\u00e9l\u00e9phone et continuer \u00e0 prendre son petit-d\u00e9jeuner.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas de r\u00e9solution \u00e0 cela.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a que la pr\u00e9sence.<\/p>\n<p>Seulement cet acte difficile, mais n\u00e9cessaire : rester avec ce que nous avons vu \u2014 refuser de d\u00e9tourner le regard, m\u00eame lorsque regarder devient insupportable.<\/p>\n<p>Une enfant au Bangladesh recueille l\u2019eau de pluie dans le creux de ses mains et la boit.<\/p>\n<p>Un moine au N\u00e9pal regarde la rivi\u00e8re devenir brune et prie.<\/p>\n<p>Un glacier au Tibet goutte silencieusement dans l\u2019obscurit\u00e9.<\/p>\n<p><em>Zakir Kibria est un \u00e9crivain, analyste des politiques publiques et entrepreneur bangladais bas\u00e9 \u00e0 Katmandou.<\/em><\/p>\n<p>Cette version suit donc <strong data-start=\"6358\" data-end=\"6397\">le texte original de <em data-start=\"6381\" data-end=\"6395\">Nepali Times en anglais.\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p>https:\/\/nepalitimes.com\/we-are-all-downstream-now?fbclid=IwY2xjawT-bcJwZG9mAWV4dG4DYWVtAjEwAHNydGMGYXBwX2lkEDIyMjAzOTE3ODgyMDA4OTIAAR6J8nOwsegM6Rian9k90oFL2r3pwsW4NduRdnbvIL1kCyLdJxj5lzmB_hZy1g_aem_NX6HFCj-_tYDA4OcobirJg<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le cycle de l\u2019eau est le grand \u00e9galisateur de la plan\u00e8te. 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