{"id":98,"date":"2014-07-12T16:44:26","date_gmt":"2014-07-12T16:44:26","guid":{"rendered":"http:\/\/nepalplus.com\/french\/?p=98"},"modified":"2014-07-12T16:44:26","modified_gmt":"2014-07-12T16:44:26","slug":"sylvain-levi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/nepalplus.com\/french\/content\/98.html","title":{"rendered":"Sylvain LEVI"},"content":{"rendered":"<p><strong>1863 &#8211; 1935<\/strong><\/p>\n<p><strong>par Andr\u00e9 CHOURAQUI<\/strong><\/p>\n<p><strong>Extrait de\u00a0<em>L&#8217;alliance isra\u00e9lite universelle et la renaissance juive contemporaine<\/em><\/strong><br \/>\nPUF1965, pp.203-214<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/slevi.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignright size-full wp-image-99\" title=\"slevi\" src=\"http:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/slevi.jpg\" alt=\"\" width=\"178\" height=\"212\" srcset=\"https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/slevi.jpg 178w, https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/slevi-125x150.jpg 125w\" sizes=\"(max-width: 178px) 100vw, 178px\" \/><\/a>Apr\u00e8s la mort de Narcisse Leven, survenue en 1915, l&#8217;Alliance Isra\u00e9lite Universelle resta pendant cinq ans sans pr\u00e9sident. Le neveu de\u00a0<a href=\"http:\/\/judaisme.sdv.fr\/perso\/netter.htm\" target=\"_blank\"><strong>Charles Netter<\/strong><\/a>, le Dr Arnold Netter qui, depuis 1889, faisait partie<\/p>\n<p>du Comit\u00e9 central, assura l&#8217;int\u00e9rim en qualit\u00e9 de vice-pr\u00e9sident. Le 27 juin 1920, le Comit\u00e9 central \u00e9lut Sylvain L\u00e9vi comme pr\u00e9sident de l&#8217;oeuvre\u00a0<a><strong>(1)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>De souche alsacienne, Sylvain L\u00e9vi est n\u00e9 \u00e0 Paris le 28 mars 1863. Ses a\u00efeux \u00e9taient \u00e9tablis aux environs de\u00a0<a href=\"http:\/\/judaisme.sdv.fr\/synagog\/basrhin\/g-p\/niederbr.htm\" target=\"_blank\"><strong>Niederbronn<\/strong><\/a> dans le Bas-Rhin depuis des si\u00e8cles : petits propri\u00e9taires, ils vivaient de quelques hectares de vignes et d&#8217;un moulin \u00e0 huile.<br \/>\nLa famille de Sylvain L\u00e9vi \u00e9tait pieuse et pratiquante, sans \u00e9troitesse pourtant. Il racontait volontiers l&#8217;anecdote de sa grand-m\u00e8re qui, un samedi matin, s&#8217;\u00e9nerva devant son four \u00e9teint : la voisine qui se chargeait de l&#8217;allumer se faisait attendre. Alors la vieille dame frotta l&#8217;allumette, la jeta dans le foyer et dit aux siens : &#8220;Apr\u00e8s tout, je ne puis croire que Dieu attache \u00e0 ces b\u00eatises une telle importance.&#8221;<!--more--><\/p>\n<p>Sylvain L\u00e9vi fit de brillantes \u00e9tudes au lyc\u00e9e, puis \u00e0 l&#8217;universit\u00e9. Il songea d&#8217;abord \u00e0 se sp\u00e9cialiser dans l&#8217;hell\u00e9nisme, mais en 1882, sur une suggestion d&#8217;Ernest Renan, il se fit inscrire au cours de sanscrit que donnait \u00e0 l&#8217;\u00c9cole des Hautes \u00c9tudes Abel Bergaigne, un ma\u00eetre auquel il garda toute sa vie une profonde reconnaissance. D\u00e8s lors, sa vocation d&#8217;orientaliste est fix\u00e9e. Il passe l&#8217;agr\u00e9gation en 1883, devient membre de la Soci\u00e9t\u00e9 Asiatique et obtient en 1884 une bourse de voyage pour explorer \u00e0 Londres les manuscrits indiens de\u00a0<em>l&#8217;India Office. <\/em>A la mort de Bergaigne, en 1888, Sylvain L\u00e9vi, \u00e2g\u00e9 alors de vingt-cinq ans, fut charg\u00e9 du cours de sanscrit \u00e0 la Sorbonne. En 1894, il obtient la chaire de &#8220;Langue et Litt\u00e9rature sanscrites&#8221; au Coll\u00e8ge de France.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir soutenu une th\u00e8se de doctorat sur le th\u00e9\u00e2tre hindou, Sylvain L\u00e9vi s&#8217;oriente, en historien, vers des travaux d&#8217;\u00e9rudition.<br \/>\nEn 1897, une premi\u00e8re mission scientifique l&#8217;am\u00e8ne aux Indes. D\u00e8s lors, une partie de sa vie se passe en Extr\u00eame-Orient : il parcourt la Chine, le Siam, le Viet-Nam, le N\u00e9pal, le Japon, et y noue des amiti\u00e9s au nom de la France qu&#8217;il repr\u00e9sente. En 1926-28, il est charg\u00e9 de la fondation et de la direction de l&#8217;Institut franco-japonais \u00e0 Tokio.<\/p>\n<p>Historien du bouddhisme, Sylvain L\u00e9vi a influenc\u00e9 l&#8217;orientation des indianistes et des sinologues, aussi bien en Orient qu&#8217;en Occident. Avec bont\u00e9 et int\u00e9r\u00eat, il se consacre \u00e0 ses \u00e9tudiants et travaille \u00e0 l&#8217;expansion des relations culturelles entre la France et l&#8217;Extr\u00eame-Orient\u00a0<a><strong>(2)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<table border=\"0\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\" width=\"30%\" align=\"right\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"2\"><strong>Biographie   de Sylvain L\u00e9vi<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>1863<\/strong>:<\/td>\n<td>Naissance le 28   mars \u00e0 Paris. Son p\u00e8re, Louis Philippe, est casquettier rue des   Blancs-Manteaux.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>1873<\/strong>:<\/td>\n<td>Entre en classe de   6e au lyc\u00e9e Charlemagne.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>1883<\/strong>:<\/td>\n<td>Agr\u00e9gation de   lettres ; \u00e0 la rentr\u00e9e 1883-1884, il est \u00e9l\u00e8ve d\u2019Abel Bergaigne au cours de   langue sanskrite de la IVe section de l\u2019Ecole pratique des hautes \u00e9tudes   (EPHE) o\u00f9 il est allocataire.<br \/>\nC&#8217;est \u00e0 cette \u00e9poque qu&#8217;il est le pr\u00e9cepteur des enfants du grand rabbin\u00a0<a href=\"http:\/\/judaisme.sdv.fr\/histoire\/rabbins\/zadoc\/zadoc.htm\" target=\"_blank\"><strong>Zadoc   Kahn<\/strong><\/a><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>1886<\/strong>:<\/td>\n<td>Ma\u00eetre de   conf\u00e9rences pour la langue sanskrite \u00e0 la IVe section de l\u2019EPHE, puis pour   les religions de l\u2019Inde \u00e0 la Ve section de l\u2019EPHE.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>1890<\/strong>:<\/td>\n<td>Doctorat d\u2019\u00c9tat \u00e8s   Lettres ; th\u00e8se principale :\u00a0<strong><em>Le Th\u00e9\u00e2tre indien<\/em><\/strong>.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>1894<\/strong>:<\/td>\n<td>\u00c9lu professeur   titulaire de la chaire de langue et litt\u00e9rature sanskrite du Coll\u00e8ge de   France.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>1897<\/strong>:<\/td>\n<td>Premi\u00e8re   mission d\u2019une ann\u00e9e en Inde, au N\u00e9pal et au Japon ; retour par la Russie via   la Sib\u00e9rie.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>1898<\/strong>:<\/td>\n<td>Lettre publique   adress\u00e9e \u00e0 la Ligue pour la d\u00e9fense des droits de l\u2019homme et du citoyen en   faveur du<a href=\"http:\/\/judaisme.sdv.fr\/perso\/dreyfus\/affaire.htm\" target=\"_blank\"><strong>capitaine   Dreyfus<\/strong><\/a>. Entre au comit\u00e9 central de l\u2019Alliance isra\u00e9lite   universelle (Paris).<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>1913<\/strong>:<\/td>\n<td>Mission \u00e0   Saint-P\u00e9tersbourg pour \u00e9tudier les manuscrits tokhariens.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>1918<\/strong>:<\/td>\n<td>Membre du Comit\u00e9   fran\u00e7ais d\u2019\u00e9tudes sionistes : mission en \u00c9gypte, Syrie et Palestine ; puis   mission aux \u00c9tats-Unis.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>1919<\/strong>:<\/td>\n<td>Repr\u00e9sentant de   l\u2019Alliance isra\u00e9lite universelle \u00e0 la Conf\u00e9rence de la paix de Versailles ;   si\u00e8ge dans la commission des affaires de Palestine.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>1920<\/strong>:<\/td>\n<td>\u00c9lu pr\u00e9sident de\u00a0<a href=\"http:\/\/www.aiu.org\/\" target=\"_blank\"><strong>l\u2019Alliance isra\u00e9lite universelle<\/strong><\/a>.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>1921<\/strong>:<\/td>\n<td>Seconde mission de   longue dur\u00e9e en Inde, au N\u00e9pal et en Extr\u00eame-Orient (Indochine, Japon, Chine)   ; retour par la Mandchourie et la Russie sovi\u00e9tique en 1923.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>1927<\/strong>:<\/td>\n<td>S\u00e9jour au Japon o\u00f9   vient de s\u2019ouvrir, \u00e0 son initiative, la Maison franco-japonaise.<br \/>\nCr\u00e9ation \u00e0 son initiative de l\u2019Institut de civilisation indienne attach\u00e9 \u00e0 la   facult\u00e9 des lettres de l\u2019universit\u00e9 de Paris.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>1928<\/strong>:<\/td>\n<td>Troisi\u00e8me s\u00e9jour au   N\u00e9pal. \u00c9lu pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 asiatique.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>1933<\/strong>:<\/td>\n<td>Allocution au   Palais du Trocad\u00e9ro : Protestation au nom de la France contre les   pers\u00e9cutionsantis\u00e9mites.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>1934<\/strong>:<\/td>\n<td>Vice-pr\u00e9sident de   l\u2019Institut d\u2019\u00e9tudes japonaises, Paris.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>1935<\/strong>:<\/td>\n<td>Meurt le 30 octobre   \u00e0 Paris, lors d\u2019une r\u00e9union de l\u2019Alliance isra\u00e9lite universelle.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Profond\u00e9ment Fran\u00e7ais, Sylvain L\u00e9vi s&#8217;est toujours int\u00e9ress\u00e9 aux destin\u00e9es du juda\u00efsme. Bien que d\u00e9gag\u00e9 de toute croyance, \u00e9tranger \u00e0 tout esprit de &#8220;tradition&#8221;, il rejoint les rangs de\u00a0<a href=\"http:\/\/www.aiu.org\/\" target=\"_blank\"><strong>l&#8217;Alliance Isra\u00e9lite Universelle <\/strong><\/a>sur l&#8217;invitation des grands rabbins\u00a0<a href=\"http:\/\/judaisme.sdv.fr\/histoire\/rabbins\/zadoc\/zadoc.htm\" target=\"_blank\"><strong>Zadoc Kahn<\/strong><\/a> et\u00a0<a href=\"http:\/\/judaisme.sdv.fr\/histoire\/rabbins\/is-levy\/is-levy.htm\" target=\"_blank\"><strong>Isra\u00ebl L\u00e9vi<\/strong><\/a>. Son coeur s&#8217;\u00e9meut de compassion lorsqu&#8217;il d\u00e9couvre les r\u00e9alit\u00e9s de l&#8217;histoire juive ; dans une certaine mesure, il se sent solidaire des juifs partout pers\u00e9cut\u00e9s qui, eux, n&#8217;avaient pas eu le privil\u00e8ge de na\u00eetre comme lui en France ; universitaire\u00a0<em>fran\u00e7ais, <\/em>il avait le d\u00e9sir de r\u00e9pandre la culture et la civilisation fran\u00e7aises parmi les \u00e9l\u00e9ments les moins \u00e9volu\u00e9s du juda\u00efsme \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger.<\/p>\n<p>Ainsi Sylvain L\u00e9vi repr\u00e9sente fid\u00e8lement son \u00e9poque. Il appartient \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration de juifs fran\u00e7ais &#8211; ou plut\u00f4t de Fran\u00e7ais de confession isra\u00e9lite &#8211; qui voyaient dans l&#8217;assimilation la solution de tous les antagonismes religieux et raciaux. Il esp\u00e9rait qu&#8217;une int\u00e9gration progressive des juifs dans la vie nationale de leurs pays respectifs pourrait mettre fin aux pogromes. Cette \u00e9volution se pr\u00e9sentait selon lui sous un double aspect : il fallait que les juifs fussent accept\u00e9s sur un pied d&#8217;\u00e9galit\u00e9 en tant qu&#8217;\u00e9l\u00e9ment de l&#8217;ensemble national ; il fallait aussi qu&#8217;ils se montrassent dispos\u00e9s \u00e0 s&#8217;y int\u00e9grer. Sylvain L\u00e9vi savait que cette int\u00e9gration n&#8217;\u00e9tait possible que l\u00e0 o\u00f9 l&#8217;id\u00e9e moderne de patrie s&#8217;\u00e9tait substitu\u00e9e \u00e0 la notion moyen\u00e2geuse d&#8217;un \u00c9tat fond\u00e9 sur des concepts religieux ou raciaux ; elle n&#8217;\u00e9tait possible que l\u00e0 o\u00f9 les juifs vivaient dans une soci\u00e9t\u00e9 ayant atteint un degr\u00e9 de civilisation et de culture comparable au leur. Ailleurs, il faudrait sans doute attendre qu&#8217;une \u00e9volution int\u00e9rieure, in\u00e9vitable, provoque les m\u00e9tamorphoses n\u00e9cessaires. L\u00e9vi ne doutait ni de la bont\u00e9 des nations, ni du progr\u00e8s dont le dogme inspirait le si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Si Sylvain L\u00e9vi avait v\u00e9cu assez longtemps pour conna\u00eetre l&#8217;occupation allemande et les lois racistes du gouvernement de Vichy, aurait-il cess\u00e9 de croire possible l&#8217;int\u00e9gration des juifs dans le monde occidental ? C&#8217;est l\u00e0 une question qui demeure sans r\u00e9ponse.<br \/>\nIl a pourtant suivi avec anxi\u00e9t\u00e9 les d\u00e9buts de la pers\u00e9cution hitl\u00e9rienne en Allemagne. En 1933, quelques mois apr\u00e8s la prise du pouvoir par Hitler. Dans un discours prononc\u00e9 \u00e0 l&#8217;occasion du centenaire de la naisance de Narcisse Leven, Sylvain L\u00e9vi avertit les \u00e9l\u00e8ves de l&#8217;\u00c9cole Normale des difficult\u00e9s qui les attendaient, non seulement en Europe, mais encore au Proche-Orient o\u00f9 l&#8217;antis\u00e9mitisme s&#8217;organisait, r\u00e9pandu par des agents allemands. Sa foi dans la mission de la France pour la d\u00e9fense des opprim\u00e9s reste enti\u00e8re : il fait appel aux \u00e9l\u00e8ves de l&#8217;\u00c9cole Normale Isra\u00e9lite Orientale pour qu&#8217;ils portent t\u00e9moignage de l&#8217;esprit humanitaire de la France\u00a0<a><strong>(3)<\/strong><\/a>. En 1934, aux journ\u00e9es de l&#8217;Alliance, de plus en plus angoiss\u00e9, Sylvain L\u00e9vi cherche \u00e0 scruter le sens des \u00e9v\u00e9nements ; la pers\u00e9cution r\u00e9veillerait-elle la force morale du juda\u00efsme fran\u00e7ais et du juda\u00efsme universel ? L&#8217;Alliance pourra-t-elle remplir son r\u00f4le qui consiste \u00e0 \u00eatre<\/p>\n<p>&#8220;devant la conscience humaine, en face de nos adversaires, la voie du juda\u00efsme universel exprim\u00e9e dans ce langage de raison et de clart\u00e9 qui est le langage de notre &#8216;douce France&#8217; &#8220;<a><strong>(4)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>Ainsi, Sylvain L\u00e9vi repr\u00e9sente d&#8217;une mani\u00e8re tr\u00e8s caract\u00e9ristique l&#8217;intellectuel juif fran\u00e7ais int\u00e9gr\u00e9, fid\u00e8le au juda\u00efsme. Cr\u00e9mieux et. Narcisse Leven furent encore proches de l&#8217;\u00e9mancipation, ils particip\u00e8rent passionn\u00e9ment \u00e0 la lutte. Sylvain L\u00e9vi, lui, c&#8217;est la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, celle qui est n\u00e9e \u00e9mancip\u00e9e, qui n&#8217;a plus \u00e0 lutter pour ses droits. Chez lui, pas de complexes. A un moment de l&#8217;histoire, qui est pourtant une \u00e9poque de crise politique pour les masses juives d&#8217;Europe orientale et de crise morale pour le juda\u00efsme occidental, Sylvain L\u00e9vi repr\u00e9sente ce type de juif \u00e9quilibr\u00e9 qui pense que la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la France d&#8217;une part et l&#8217;amour du juda\u00efsme d&#8217;autre part ne posent pas de probl\u00e8me.<\/p>\n<p>C&#8217;est dans cette perspective qu&#8217;il faut comprendre l&#8217;attitude de Sylvain L\u00e9vi \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du sionisme\u00a0<a><strong>(5)<\/strong><\/a>. En juillet 1918, lors d&#8217;un voyage en Palestine\u00a0<a><strong>(6)<\/strong><\/a>, Sylvain L\u00e9vi \u00e9crit un article intitul\u00e9\u00a0<strong><em>Une Renaissance juive en Jud\u00e9e <\/em><\/strong>publi\u00e9 par la Ligue des Amis du Sionisme\u00a0<a><strong>(7)<\/strong><\/a>. Apr\u00e8s une description objective des premi\u00e8res r\u00e9alisations sionistes, apr\u00e8s avoir soulign\u00e9 l&#8217;importance de la renaissance de l&#8217;h\u00e9breu, Sylvain L\u00e9vi exprime ses doutes et ses craintes : ces Levantins de la M\u00e9diterran\u00e9e, ces Orientaux de l&#8217;Europe continentale qui lancent le mot d&#8217;ordre d&#8217;une renaissance nationale<\/p>\n<p>&#8220;ont v\u00e9cu dans des \u00c9tals amorphes, dans des agglom\u00e9rations sans coh\u00e9sion profonde, n\u00e9es au hasard des guerres, pr\u00eates \u00e0 s&#8217;effondrer au hasard des guerres ; dans de pareilles soci\u00e9t\u00e9s, la nation est avant tout un groupe confessionnel : nation grecque, nation latine, nation arm\u00e9nienne, sont dans le Levant des rubriques d&#8217;\u00c9glise, tout comme Russe signifie orthodoxe et Polonais catholique romain \u00e0 l&#8217;est de la Prusse luth\u00e9rienne. La nation juive serait alors l&#8217;ensemble des croyants de la synagogue. En fait, depuis pr\u00e8s de deux mille ans, les juifs ont cess\u00e9 de former un \u00c9tat : la communaut\u00e9 de croyances et de pratiques a maintenu seule leur unit\u00e9 dans la Dispersion. Mais le r\u00e9veil actuel entend bien se d\u00e9sint\u00e9resser de la religion&#8221;<a><strong>(8)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>Ainsi Sylvain L\u00e9vi se m\u00e9fiait du levantinisme que ne cesse de d\u00e9noncer aujourd&#8217;hui David Ben Gourion. Il \u00e9tait encore plus hostile \u00e0 l&#8217;immigration des \u00e9l\u00e9ments russes<\/p>\n<p>&#8220;travaill\u00e9s par l&#8217;esprit d&#8217;anarchie et de l\u00e2chet\u00e9 qui s&#8217;est incarn\u00e9 dans le bolchevisme&#8221;\u00a0<a><strong>(9)<\/strong><\/a><\/p>\n<p>. Il craignait aussi la r\u00e9action des musulmans<\/p>\n<p>&#8220;susceptibles d&#8217;un r\u00e9veil de fanatisme au contact des Lieux Saints o\u00f9 survit encore un peu de l&#8217;esprit des Croisades&#8230;&#8221;\u00a0<a><strong>(10)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>Cet article est assez caract\u00e9ristique de l&#8217;attitude de Sylvain L\u00e9vi \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du sionisme : il n&#8217;\u00e9tait pas oppos\u00e9 \u00e0 l&#8217;exode graduel et aussi prompt que possible des juifs pers\u00e9cut\u00e9s, mais il ne pensait pas que le sionisme p\u00fbt constituer une r\u00e9ponse ad\u00e9quate et suffisante \u00e0 la question du transfert des juifs de l&#8217;Est dont il \u00e9tait surtout question au lendemain de la premi\u00e8re guerre mondiale : la Palestine ne lui paraissait alors offrir que des possibilit\u00e9s tr\u00e8s limit\u00e9es. La constitution d&#8217;un \u00c9tat juif en Palestine lui semblait pleine de dangers \u00e0 cause de l&#8217;hostilit\u00e9 redoutable du monde arabe. Enfin, \u00e0 ce Fran\u00e7ais juif, si \u00e9loign\u00e9 de la tradition juive, le sionisme, dans la mesure o\u00f9 il lui paraissait inspir\u00e9 par un d\u00e9sir de &#8220;retour aux sources&#8221;, par le r\u00eave presque messianique d&#8217;un reflux vers J\u00e9rusalem, semblait une sorte de paradoxe historique.<\/p>\n<p>Telle fut la position personnelle de Sylvain L\u00e9vi \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du sionisme ; il faut la juger \u00e0 la lumi\u00e8re de son \u00e9poque : elle \u00e9tait partag\u00e9e par l&#8217;immense majorit\u00e9 des juifs fran\u00e7ais, anglais ou am\u00e9ricains. Nous reviendrons plus loin sur son attitude officielle au sujet de la fondation du Foyer national lors de la Conf\u00e9rence de la paix\u00a0<a><strong>(11)<\/strong><\/a>.<br \/>\nCette attitude &#8220;antisioniste&#8221; a suscit\u00e9 \u00e0 Sylvain L\u00e9vi un certain nombre d&#8217;ennemis. Zosa Szajkowski le range sans sourciller parmi les juifs &#8220;snobs&#8221;\u00a0<a><strong>(12)<\/strong><\/a>,\u00a0<a href=\"http:\/\/judaisme.sdv.fr\/perso\/spire\/index.htm\" target=\"_blank\"><strong>A. Spire<\/strong><\/a>, dans ses souvenirs\u00a0<a><strong>(12)<\/strong><\/a>, reproduit l&#8217;extrait d&#8217;un article paru en mars 1919 dans\u00a0<em>La Palestine nouvelle, <\/em>organe de la Ligue des Amis du Sionisme ; il ne m\u00e9nage gu\u00e8re Sylvain L\u00e9vi et le renvoie \u00e0 ses \u00e9tudes de sanscrit.<\/p>\n<p>Pourtant Sylvain L\u00e9vi n&#8217;avait rien d&#8217;un &#8220;snob&#8221; ni d&#8217;un intellectuel en chambre. Ce fut un homme g\u00e9n\u00e9reux et d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 qui \u00e9tait, par surcro\u00eet, l&#8217;un des esprits les plus vastes de son temps. Les t\u00e9moignages de ses \u00e9tudiants &#8211; aux yeux desquels il incarnait l&#8217;un des derniers et des plus grands humanistes &#8211; et sa correspondance en sont la preuve. Sa devise pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e9tait : &#8220;<em>Nihil humani a me alienum puto.<\/em>&#8221; Chercheur et homme d&#8217;\u00e9tudes, il sait accepter, au cours de ses voyages, le manque de confort, la difficult\u00e9, le danger. Pour ses \u00e9l\u00e8ves, il \u00e9tait d&#8217;un inlassable d\u00e9vouement. Il acceptait toujours de se laisser d\u00e9vorer par ses interlocuteurs. Il avait le sens des relations humaines, personnelles. La derni\u00e8re indication port\u00e9e par lui sur son carnet de poche, avant sa mort, fut ces simples mots : &#8220;<em>Un smoking pour X&#8230;&#8221; <\/em>Il s&#8217;agissait d&#8217;un r\u00e9fugi\u00e9 allemand qui, pour jouer dans un orchestre, avait besoin de ce v\u00eatement.<\/p>\n<p>\u00c9lu pr\u00e9sident de l&#8217;Alliance en 1920, il regrette cette nomination, car ses s\u00e9jours prolong\u00e9s en Extr\u00eame-Orient l&#8217;obligent \u00e0 passer de longues ann\u00e9es loin de Paris. &#8220;Le pr\u00e9sident que je con\u00e7ois est un homme qui s&#8217;impose d&#8217;\u00e9tudier les questions, de recueillir ou de peser les opinions, et qui met l&#8217;autorit\u00e9 de sa fonction au service de la conviction qu&#8217;il a acquise. Le pr\u00e9sident n&#8217;est pas un neutre, mais un militant. Je ne puis l&#8217;\u00eatre de sit\u00f4t&#8221;<a><strong> (14)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<table border=\"0\" cellpadding=\"0\" align=\"right\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><a href=\"http:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/bigart.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignright size-full wp-image-100\" title=\"bigart\" src=\"http:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/bigart.jpg\" alt=\"\" width=\"183\" height=\"224\" srcset=\"https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/bigart.jpg 183w, https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/bigart-122x150.jpg 122w\" sizes=\"(max-width: 183px) 100vw, 183px\" \/><\/a>Pourtant en 1927, contre son voeu, le Comit\u00e9 central d\u00e9cide de le maintenir \u00e0 son poste\u00a0<a><strong>(15)<\/strong><\/a>. Malgr\u00e9 l&#8217;absence, il suit de pr\u00e8s l&#8217;activit\u00e9 de l&#8217;Alliance, ainsi qu&#8217;en t\u00e9moigne sa volumineuse correspondance avec Jacques Bigart, secr\u00e9taire de l&#8217;oeuvre depuis 1881. Mieux que toute autre source, cette correspondance nous r\u00e9v\u00e8le la personnalit\u00e9 de Sylvain L\u00e9vi.<br \/>\nJacques Bigart \u00e9tait l&#8217;administrateur parfait, strict, ponctuel \u00e0 la t\u00e2che. Fid\u00e8lement, il envoie ses rapports au pr\u00e9sident absent, N\u00e9 en 1855, il a soixante-cinq ans lorsque Sylvain L\u00e9vi est nomm\u00e9 pr\u00e9sident. Bigart avait fait partie de l&#8217;\u00e9quipe des fondateurs. Il maintenait la continuit\u00e9 de l&#8217;oeuvre. Les rapports entre Sylvain L\u00e9vi et Jacques Bigart sont bons, cordiaux, bien que les deux hommes ne se ressemblent gu\u00e8re. Sylvain L\u00e9vi est l&#8217;homme des relations personnelles, Jacques Bigart est le parfait administrateur ; parfois l&#8217;opposition \u00e9clate : &#8220;<em>Si seulement vous aviez\u00a0plus de confiance dans les hommes. Il est vrai que si vous avez trop de confiance\u00a0dans l&#8217;administration, vous savez du moins en jouer comme personne&#8221; <\/em><a><strong>(16)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>Mais gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;humble labeur quotidien de l&#8217;administrateur, Sylvain L\u00e9vi peut suivre dans le d\u00e9tail les affaires courantes de l&#8217;Alliance, qu&#8217;il s&#8217;agisse de difficult\u00e9s \u00e0 Bagdad, de la vente de Djeida\u00efda en Tunisie ou de l&#8217;obtention de la L\u00e9gion d&#8217;honneur pour Shamoon dont les dons g\u00e9n\u00e9reux ont permis l&#8217;achat des b\u00e2timents de l&#8217;\u00c9cole Normale de jeunes filles, \u00e0 Versailles. En ce qui concerne ce dernier, Sylvain L\u00e9vi n&#8217;h\u00e9site pas \u00e0 intervenir en sa faveur, aupr\u00e8s de Victor B\u00e9rard et de Paul Painlev\u00e9, par des lettres \u00e9crites du haut de l&#8217;Himalaya.<\/p>\n<p>Ami fid\u00e8le, Sylvain L\u00e9vi n&#8217;oublie personne. Il n&#8217;h\u00e9site pas \u00e0 demander au maharadja du N\u00e9pal une s\u00e9rie de timbres pour le fils d&#8217;un ami ! Il a le sens des contacts avec les petits et les grands. Accueilli et f\u00eat\u00e9, le c\u00e9l\u00e8bre professeur n&#8217;oublie pas de parler de l&#8217;Alliance chaque fois que l&#8217;occasion se pr\u00e9sente. Il entretient des amiti\u00e9s anciennes et sait en gagner de nouvelles. Sylvain L\u00e9vi, repr\u00e9sentant culturel de la France en Extr\u00eame-Orient, est constamment en contact avec le corps diplomatique. Il l&#8217;informe de l&#8217;oeuvre de l&#8217;Alliance, l&#8217;int\u00e9resse, sait cr\u00e9er des relations, trouver des appuis. D\u00e8s que l&#8217;occasion se pr\u00e9sente, il fait des conf\u00e9rences. Il a fini par obtenir que l&#8217;on pr\u00e9pare un film chose difficile, Bigart ne semblant pas bien en comprendre l&#8217;importance :<\/p>\n<p>&#8220;Vous croyez encore aux con\u00e9rences dans cet \u00e2ge du cin\u00e9ma. Songez qu&#8217;ici, \u00e0 1400 m\u00e8tres, \u00e0 trois journ\u00e9es de voyage &#8211; et quel voyage &#8211; de la terre indienne, le maharadja et tous les grands seigneurs, y compris le &#8220;grand rabbin&#8221;\u00a0<a><strong>(17)<\/strong><\/a>, de l&#8217;endroit ont chacun leur cin\u00e9ma chez eux. Trois pauvres photos \u00e0 faire circuler ! Mais j&#8217;aurais l&#8217;air d&#8217;un\u00a0<em>schnorrer <\/em>qui \u00e9tale ses certificats. J&#8217;attends des projections et des films. Je les attends pour Calcutta, pour Bombay, pour Shangha\u00ef&#8230; et probablement Yokohama&#8221;\u00a0<a><strong>(18)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>A Shangha\u00ef, Sylvain L\u00e9vi allait rencontrer Shamoon, le fid\u00e8le ami de l&#8217;Alliance, ainsi que quelques autres habitants de Bagdad, qui poss\u00e9daient dans cette ville des \u00e9tablissements de commerce. Ainsi, Sylvain L\u00e9vi n&#8217;est pas seulement le repr\u00e9sentant de la France, mais encore celui du juda\u00efsme fran\u00e7ais en cette partie du monde o\u00f9 les juifs sont si peu repr\u00e9sent\u00e9s, si peu connus. Parfois il \u00e9prouve fortement cette absence :<\/p>\n<p>&#8220;Depuis le d\u00e9part du N\u00e9pal, j&#8217;ai d\u00fb me transformer en machine \u00e0 parler, le\u00e7ons, conf\u00e9rences, adresses, speeches&#8230; A Bombay en particulier, mon succ\u00e8s a \u00e9t\u00e9 grandiose, la mode s&#8217;en est mise, et parsis, musulmans, hindous, j\u00e9suites m&#8217;ont r\u00e9clam\u00e9 \u00e0 l&#8217;envi pour assister aux f\u00eates, visiter les coll\u00e8ges, les \u00e9tablissements, etc. Je n&#8217;en ai senti que plus cruellement l&#8217;int\u00e9grale abstention des juifs. Je n&#8217;en ai vu qu&#8217;un seul, un Ben\u00e9-Isra\u00ebl, nomm\u00e9 \u00c9z\u00e9chiel, qui enseigne l&#8217;h\u00e9breu chez les j\u00e9suites et qui m&#8217;a demand\u00e9 de lui procurer un livre&#8221;\u00a0<a><strong>(19)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>Ou encore, ce t\u00e9moignage du Japon :<\/p>\n<p>&#8220;Ici on peut lire toute la presse, m\u00eame la presse en langue anglaise, sans se douter qu&#8217;il existe au monde des juifs et des questions juives&#8230; Parlez du bouddhisme ici, si vous voulez \u00eatre en s\u00e9curit\u00e9.&#8221;<\/p>\n<p>Or Sylvain L\u00e9vi savait parler du bouddhisme, et avec succ\u00e8s. L&#8217;exp\u00e9rience de l&#8217;Orient le forme, l&#8217;approfondit encore. Il affirme m\u00eame qu&#8217;elle le rend patient :<\/p>\n<p>&#8220;Pour la patience, nous ne craignons pas de concurrents. Nous avons eu tant de ma\u00eetres qui se sont appliqu\u00e9s \u00e0 nous l&#8217;apprendre malgr\u00e9 nous ! Juif et indianiste bouddhisant, je cumule dans cet ordre-l\u00e0&#8221;\u00a0<a><strong>(20)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>Sylvain L\u00e9vi est-il vraiment patient ? C&#8217;est plut\u00f4t le contraire qu&#8217;on devrait affirmer, d\u00e8s qu&#8217;il s&#8217;agissait de l&#8217;Alliance. A presque chaque ligne, la correspondance du pr\u00e9sident t\u00e9moigne d&#8217;une certaine impatience devant les lenteurs administratives, les parcimonies financi\u00e8res et le vieillissement de l&#8217;oeuvre.<br \/>\nUne belle c\u00e9r\u00e9monie avait marqu\u00e9 l&#8217;inauguration de l&#8217;\u00c9cole Normale de Jeunes Filles \u00e0 Versailles en 1922, mais en 1927 il y avait encore des \u00e9l\u00e8ves dans la vieille institution Bischoffsheim. Dans une lettre dat\u00e9e du 20 janvier 1927, Sylvain L\u00e9vi r\u00e9clame :<\/p>\n<p>&#8220;Et Bischoffsheim, nous h\u00e9sitons encore ? Quand nous avons pour nos pauvres petites filles de l&#8217;Orient un paradis de verdure et de grand air \u00e0 leur offrir, nous les tenons dans ce sombre purgatoire du boulevard Bourdon, pour ne pas offenser des m\u00e9moires qui nous sont ch\u00e8res ! 0, la plaie du posthume ! Faut-il qu&#8217;\u00e9ternellement les morts \u00e9crasent les vivants comme pour se venger d&#8217;\u00eatre morts. Qu&#8217;est-ce que le tr\u00e8s respectable Maurice Bloch et la baronne de ceci ou cela, &#8220;la feue &#8220;baronne qui \u00e9tait si bienveillante&#8221;, peuvent et doivent compter quand nous avons envers nos petites des devoirs de p\u00e8re et de m\u00e8re \u00e0 remplir ? Pauvres enfants ! Elles ont connu le beau ciel bleu, le bon soleil ti\u00e8de, chaud ou br\u00fblant, et les voil\u00e0 pour des ann\u00e9es entre des murailles sombres, avec une cour plant\u00e9e entre des \u00e9curies et des usines&#8230; Cessons ce scandale du boulevard Bourdon.&#8221;<\/p>\n<p>Or, sept mois plus tard, l&#8217;affaire n&#8217;est toujours pas r\u00e9gl\u00e9e et le pr\u00e9sident exprime son m\u00e9contentement :<\/p>\n<p>&#8220;La solution Bischoffsheim-Versailles&#8230; m&#8217;attriste&#8230; Encore l&#8217;\u00e9ternelle remise de l&#8217;impuissance ! La peur des gros sous, l&#8217;\u00e9conomie, aveu de d\u00e9sesp\u00e9rance des oeuvres qui ne croient plus en leur avenir. Nos pauvres petites qui sont l&#8217;\u00e9l\u00e9ment essentiel de la question vont encore tra\u00eener un an, deux ans, dans ces tristes b\u00e2tisses du boulevard Bourdon quand nous avons un paradis \u00e0 leur offrir \u00e0 Versailles. Sans doute, l&#8217;int\u00e9r\u00eat des professeurs est \u00e0 consid\u00e9rer, je suis de la corporation, mais c&#8217;-est \u00e0 peu pr\u00e8s comme si on avait recul\u00e9 la construction des chemins de fer pour \u00e9pargner les postillons. Nous sommes assez riches, ou assez ruin\u00e9s, pour donner aux professeurs une honn\u00eate indemnit\u00e9 d&#8217;une demi-ann\u00e9e, et lib\u00e9rer tout de suite nos ch\u00e8res petites. Le devoir moral l&#8217;exige, et m\u00eame l&#8217;int\u00e9r\u00eat bien entendu, car tout se sait&#8221;\u00a0<a><strong>(21)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>En ce qui concerne les questions financi\u00e8res, Sylvain L\u00e9vi a des vues personnelles qu&#8217;il a de la peine \u00e0 faire admettre par le Comit\u00e9 central. On avait pris l&#8217;habitude, en cas de besoin, de frapper \u00e0 la porte de quelques banquiers juifs. C&#8217;\u00e9tait simple&#8230; mais Sylvain L\u00e9vi trouve la m\u00e9thode d\u00e9sastreuse : elle fait perdre \u00e0 l&#8217;Alliance le contact avec le public et la met \u00e0 la charge et sous la d\u00e9pendance de quelques grands. Dans une lettre du 2 d\u00e9cembre 1927, Sylvain L\u00e9vi expose ses id\u00e9es \u00e0 ce propos :<\/p>\n<p>&#8220;Lorsqu&#8217;on a besoin d&#8217;argent, d&#8217;habitude, on se contente de frapper aux portes de deux ou trois maisons privil\u00e9gi\u00e9es qui ont une caisse de secours assez bien munie pour r\u00e9pondre \u00e0 tous les besoins. Celte mani\u00e8re d&#8217;agir fait perdre le contact avec la masse juive que l&#8217;on pourrait int\u00e9resser \u00e0 l&#8217;oeuvre. Je le dis et le redis, notre oeuvre est assez belle pour ne pas craindre la lumi\u00e8re, rompons avec l&#8217;esprit du ghetto qui s&#8217;obstine encore en nous.&#8221;<\/p>\n<p>Avec son sens des relations humaines, Sylvain L\u00e9vi comprend que l&#8217;avenir de l&#8217;Alliance d\u00e9pend des contacts de ses repr\u00e9sentants avec le public :<\/p>\n<p>&#8220;Il faudrait que l&#8217;Alliance reprenne le contact avec le grand public, avec les petites gens qui donnent leur obole et leur coeur. Toute notre conception du juda\u00efsme en France a souffert du gros capitalisme. \u00c9videmment, c&#8217;est plus commode d&#8217;encaisser d&#8217;un coup la forte somme, mais le donateur d&#8217;un million ne donne pas la force que repr\u00e9sentent un million de souscripteurs \u00e0 un franc. On ne b\u00e2tit que par l&#8217; \u00e9lite ; mais les capitalistes sont-ils l&#8217;\u00e9lite ? El on ne b\u00e2tit que sur la foule. Vous \u00eates all\u00e9s parler \u00e0 Amsterdam : c&#8217;est parfait. Mais combien d&#8217;Amsterdam avons-nous \u00e0 Paris ? Il nous faudrait des gens pour aller dans les petites hovr\u00e9, dans les soci\u00e9t\u00e9s de secours mutuels, et tout ce que vous voudrez&#8221;\u00a0<a><strong>(22)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>Travailler au grand jour, c&#8217;est sa devise pour l&#8217;Alliance :<\/p>\n<p>&#8220;Nous avons gard\u00e9 du ghetto le go\u00fbt de la cachotterie qui nous rend \u00e0 la fois ridicules et suspects. Ayons le courage d&#8217;\u00eatre des nationaux internationaux&#8221;<a><strong> (23)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>Rajeunir les cadres, c&#8217;en est une autre :<\/p>\n<p>&#8220;Il y a trop de vieux chez nous&#8230; et aussi trop d&#8217;indiff\u00e9rents\u00a0<a><strong>(24)<\/strong><\/a>&#8230; Nous avons bien besoin de sang jeune dans notre comit\u00e9, et plus encore d&#8217;une opposition militante. Pour r\u00e9veiller la bergerie \u2014 oh qu&#8217;un petit loup viendrait bien. Le recrutement par sympathie a fait ses preuves f\u00e2cheuses&#8221;\u00a0<a><strong>(25)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>Pour reprendre contact avec le grand public, l&#8217;Alliance a un moyen privil\u00e9gi\u00e9, son journal,\u00a0<strong><em>Paix et Droit<\/em><\/strong>. Au loin, Sylvain L\u00e9vi le r\u00e9clame et lui gagne des abonn\u00e9s, m\u00eame \u00e0 Shanga\u00ef ou \u00e0 Yokohama, parmi les membres du corps diplomatique. Il en suit surtout la r\u00e9daction, en critique le contenu. Universitaire, il aimerait que ce journal ait une certaine tenue, qu&#8217;il soit repr\u00e9sentatif de l&#8217;oeuvre :<\/p>\n<p>&#8220;Le dernier num\u00e9ro du journal est mieux, plus r\u00e9el, plus inform\u00e9. Mais nous avons encore \u00e0 apprendre pour faire un journal vivant. Plus d&#8217;air, plus de divisions, peu de doctrine et beaucoup de faits, bien choisis, bien class\u00e9s, bien pr\u00e9sent\u00e9s&#8221;<a><strong> (26)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces critiques, qui sont autant de preuves de clairvoyance, Sylvain L\u00e9vi est tout d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 l&#8217;oeuvre de l&#8217;Alliance. Il regrette sans cesse que sa t\u00e2che scientifique l&#8217;emp\u00eache d&#8217;\u00eatre un pr\u00e9sident plus actif. De Tokio, il \u00e9crit \u00e0 Jacques Bigart :<\/p>\n<p>&#8220;Vous \u00eates un des tr\u00e8s rares, le seul peut-\u00eatre, qui sache la place qu&#8217;elle lient dans mon coeur, dans mon esprit et dans ma vie. J&#8217;aurais voulu \u00eatre le pr\u00e9sident que je r\u00eave pour elle, uniquement consacr\u00e9 \u00e0 sa t\u00e2che, en rapport direct et constant avec tout le personnel, en tourn\u00e9es fr\u00e9quentes \u00e0 travers l&#8217;Orient juif, capable de suivre les questions dans le cadre de la vie universelle o\u00f9 elles prennent leur juste ampleur&#8221;<a><strong> (27)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>Ce r\u00eave, Sylvain L\u00e9vi n&#8217;a pas pu le r\u00e9aliser, mais il ne manque aucune occasion pour essayer de donner \u00e0 l&#8217;action trop timor\u00e9e et prudente de l&#8217;Alliance une impulsion nouvelle :<\/p>\n<p>&#8220;La meilleure d\u00e9fensive, c&#8217;est l&#8217;offensive, ce n&#8217;est pas seulement parce qu&#8217;elle fait h\u00e9siter l&#8217;adversaire, mais parce qu&#8217;elle affirme la volont\u00e9 d&#8217;agir, et que le monde appartient \u00e0 l&#8217;action&#8230; Notre id\u00e9al, le salut par l&#8217;instruction et l&#8217;\u00e9ducation combin\u00e9es, triomphe, parce qu&#8217;il r\u00e9alise la plus grande part de v\u00e9rit\u00e9&#8221;<a><strong> (28)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9sir d&#8217;action lui fait accueillir les innovations, m\u00eame si elles viennent de J\u00e9rusalem, alors que ses sympathies ne vont pas pr\u00e9cis\u00e9ment aux sionistes :<\/p>\n<p>&#8220;La lettre de Sidi sur nos classes de professeurs d&#8217;h\u00e9breu \u00e0 J\u00e9rusalem m&#8217;a fait un vrai plaisir, toute consid\u00e9ration politique mise de c\u00f4t\u00e9. Nous avons l&#8217;\u00c9cole Normale de l&#8217;Alliance, mais l&#8217;Alliance doit \u00eatre l&#8217;\u00c9cole Normale du juda\u00efsme moderne, et partout o\u00f9 elle joue son r\u00f4le, elle le joue dignement. Si c&#8217;est par l&#8217;h\u00e9breu que l&#8217;esprit nouveau a mieux chance de p\u00e9n\u00e9trer, acceptons l&#8217;h\u00e9breu et sachons nous en servir&#8221;\u00a0<a><strong>(29)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 cette \u00e9poque, Sylvain L\u00e9vi est surtout hant\u00e9 par la situation des juifs en Europe centrale et orientale. A plusieurs reprises, il engage Jacques Bigart \u00e0 ne pas reporter ind\u00e9finiment son voyage en Tch\u00e9coslovaquie et en Pologne, car il pense que l&#8217;Alliance a une grande mission \u00e0 remplir.<\/p>\n<p>Le long s\u00e9jour en Extr\u00eame-Orient a nourri la r\u00e9flexion politique de l&#8217;universitaire fran\u00e7ais que fut Sylvain L\u00e9vi. Missionnaire culturel de la France, il se sent citoyen fran\u00e7ais. De Santiniketan, il critique un article d&#8217;Alfred Berl paru dans\u00a0<strong><em>Paix et Droit<\/em><\/strong> :<\/p>\n<p>&#8220;Il y a en particulier dans le num\u00e9ro de mars 1922, page 3, colonne a, dernier alin\u00e9a, une phrase qui m&#8217;a fait frissonner : &#8220;Assur\u00e9ment, les juifs ont dans leurs patries respectives le droit de choisir leur parti, \u00e0 condition qu&#8217;ils n&#8217;exercent pas ce droit, et qu&#8217;ils ne mettent pas leur influence intellectuelle et sociale au service de la r\u00e9action&#8230;&#8221; Quelle formidable r\u00e9serve, et quelle limitation impr\u00e9vue d&#8217;un droit que je croyais absolu. Quel synode, quel sanh\u00e9drin ou quel comit\u00e9 de l&#8217;Alliance a promulgu\u00e9 celle clause, grosse d&#8217;\u00e9quivoques ou de p\u00e9rils&#8230; Un juif citoyen a tous les droits d&#8217;un citoyen. Dans toute leur \u00e9tendue, il peut y avoir des convenances sociales ou politiques : il n&#8217;y a pas de limitation juridique admissible&#8221;<a><strong> (30)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>&#8220;Un juif citoyen a tous les droits d&#8217;un citoyen&#8221;,\u00a0telle est, l&#8217;affirmation fondamentale qui explique l&#8217;attitude politique de Sylvain L\u00e9vi &#8211; et pour un Sylvain L\u00e9vi cette affirmation avait pour corollaire qu&#8217;un juif citoyen jouissant de tous les droits d&#8217;un citoyen avait aussi \u00e0 remplir les devoirs qui incombent \u00e0 tout citoyen.<\/p>\n<p>En Extr\u00eame-Orient, il voit les Anglo-Am\u00e9ricains \u00e0 l&#8217;ceuvre &#8211; et il est parfois sceptique sur leurs m\u00e9thodes comme d&#8217;ailleurs sur les r\u00e9sultats de l&#8217;influence sovi\u00e9tique :<\/p>\n<p>&#8220;L&#8217;\u00e9mancipation de l&#8217;Orient en promet de belles, et les bons juifs de Bagdad se pr\u00e9parent de beaux jours, quand les Soviets pacifi\u00e9s en Europe auront d\u00e9cha\u00een\u00e9 l&#8217; Islam en Asie&#8221;<a><strong>(31)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>A partir de 1927, il suit anxieusement les \u00e9v\u00e9nements de Chine. Dans cet Orient en pleine \u00e9volution, Sylvain L\u00e9vi pense que la France, l&#8217;exp\u00e9rience de l&#8217;humanisme fran\u00e7ais, a un t\u00e9moignage \u00e0 porter :<\/p>\n<p>&#8220;Je n&#8217;ai pas d\u00e9couvert l&#8217;Am\u00e9rique, mais j&#8217;ai apport\u00e9 la France avec moi, et ils [ses \u00e9tudiants thib\u00e9tains] sont stup\u00e9faits d&#8217;avoir pu l&#8217;ignorer si longtemps&#8221;<a><strong>(33)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>Dans cet Orient qu&#8217;il aime et comprend, Sylvain L\u00e9vi n&#8217;oublie pas les \u00e9l\u00e8ves de l&#8217;\u00c9cole Normale Isra\u00e9lite Orientale, orientaux eux-m\u00eames et dont la mission sera de construire un pont entre l&#8217;Orient et l&#8217;Occident. Toujours de Santiniketan, des hauteurs de l&#8217;Himalaya, il leur fait adresser ce message :<\/p>\n<p>&#8220;Ici en Orient, dans leur Orient, je pense \u00e0 eux, au travail qu&#8217;ils font, au travail qui les attend. Quelle admirable civilisation humaine nous aurons le jour o\u00f9 l&#8217;Orient tout entier sera entr\u00e9 dans l&#8217;humanisme&#8221;<a><strong> (33)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>L&#8217;exp\u00e9rience de l&#8217;Alliance elle-m\u00eame lui para\u00eet plus importante, vue d&#8217;Extr\u00eame-Orient :<\/p>\n<p>&#8220;Nous vivons de tr\u00e8s grandes choses, mais elles sont si grandes qu&#8217;elles d\u00e9passent notre vision. Vous ne savez pas vous-m\u00eame, vous qui avez donn\u00e9 toute votre vie \u00e0 l&#8217;Alliance, comme notre oeuvre semble immense \u00e0 la replacer dans son cadre asiatique, en dehors des perspectives ridicules de notre petite Europe&#8221;\u00a0<a><strong>(34)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>Le maharadja du N\u00e9pal ne lui a-t-il pas demand\u00e9 un jour de r\u00e9diger un projet d&#8217;instruction publique pour son royaume\u00a0<a><strong>(35)<\/strong><\/a> ?<\/p>\n<p>C&#8217;est son attachement \u00e0 la France qui inspire \u00e0 Sylvain L\u00e9vi son attitude r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du sionisme. De 1922 \u00e0 1927, pendant son long s\u00e9jour en Orient, il suit, mais sans sympathie, le d\u00e9veloppement du sionisme. Il lit dans les\u00a0<em>Indian Daily News <\/em>une interview de Sir Henry Wilson : &#8220;<em>He expressed the opinion that the disaster was ahead in Palestine and strongly favored the evacualion of the country&#8221; <\/em><a><strong>(36)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>&#8220;Si le d\u00e9sastre se produit, nos malheureux fr\u00e8res de l\u00e0-bas sauront peut-\u00eatre \u00e0 qui s&#8217;en prendre, et c&#8217;est encore l&#8217;Alliance qu&#8217;ils appelleront au secours&#8221;\u00a0<a><strong>(37)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>Fort heureusement Sir Henry Wilson se trompait.<\/p>\n<p>Un soir, dans Tokio secou\u00e9 par un tremblement de terre, face \u00e0 la Chine en pleine r\u00e9volution, Sylvain L\u00e9vi m\u00e9dite :<\/p>\n<p>&#8220;Le monde est pr\u00e9caire, l&#8217;Extr\u00eame-Orient l&#8217;est plus encore&#8230; Si Shanga\u00ef y passe, que de ruines !&#8230; Je suis pr\u00e9occup\u00e9 pour nos oeuvres. Et la grande entreprise de mendicit\u00e9 internationale qui s&#8217;appelle le sionisme, que va-t-elle devenir ?&#8221;\u00a0<a><strong>(38)<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>C&#8217;est que, pour lui, le\u00a0<em>national home <\/em>n&#8217;est qu&#8217;un fant\u00f4me\u00a0<a><strong>(39)<\/strong><\/a> : seul\u00a0<a href=\"http:\/\/judaisme.sdv.fr\/perso\/netter.htm\" target=\"_blank\"><strong>Mikveh Isra\u00ebl <\/strong><\/a>a pour lui, en Palestine, une r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/nepal1.gif\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignright size-full wp-image-101\" title=\"nepal\" src=\"http:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/nepal1.gif\" alt=\"\" width=\"208\" height=\"266\" srcset=\"https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/nepal1.gif 208w, https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/nepal1-117x150.gif 117w\" sizes=\"(max-width: 208px) 100vw, 208px\" \/><\/a>Sylvain L\u00e9vi refuse de faire confiance aux espoirs sionistes qui alors, aux yeux des observateurs &#8220;objectifs&#8221;, paraissaient encore des r\u00eaves. Parmi les juifs fran\u00e7ais, l&#8217;attitude de Sylvain L\u00e9vi n&#8217;est pas une exception. Elle repr\u00e9sente une tendance. En universitaire &#8211; et m\u00eame en orientaliste &#8211; Sylvain L\u00e9vi a r\u00e9fl\u00e9chi aux difficult\u00e9s que soulevait la cr\u00e9ation d&#8217;un \u00c9tat juif en Palestine. Gr\u00e2ce au courage des pionniers, la plupart de ces difficult\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 vaincues aujourd&#8217;hui, d&#8217;autres sont encore \u00e0 surmonter\u00a0<a><strong>(40)<\/strong><\/a>&#8230; Ce qui frappe plut\u00f4t, ce n&#8217;est pas tant le pessimisme de Sylvain L\u00e9vi au sujet du Foyer national que son manque de sympathie pour les sionistes eux-m\u00eames. Cette attitude a des racines profondes qu&#8217;il faut chercher dans une diff\u00e9rence de caract\u00e8re et de formation premi\u00e8re : Sylvain L\u00e9vi \u00e9tait un \u00e9rudit, un homme vou\u00e9 \u00e0 la r\u00e9flexion. Les sionistes, eux, furent des militants, des hommes d&#8217;action, passionn\u00e9ment engag\u00e9s dans la politique, au sens aristot\u00e9licien du mot, c&#8217;est-\u00e0-dire des hommes soucieux de construire par tous les moyens d&#8217;action une &#8220;cit\u00e9&#8221; pour le peuple juif. Sylvain L\u00e9vi ne sous-estimait pas l&#8217;importance de la politique, mais, pour lui, elle ne pouvait \u00eatre qu&#8217;un mal n\u00e9cessaire : bien au contraire il n&#8217;aimait pas les manifestations bruyantes et cherchait toujours \u00e0 s&#8217;\u00e9lever au-dessus de l&#8217;agitation des partis.<\/p>\n<p>C&#8217;est dans cet esprit qu&#8217;il cherchait \u00e0 orienter l&#8217;Alliance : il voulait lui \u00e9pargner toute vaine publicit\u00e9, toute prise de position partisane, il estimait que les oeuvres scolaires \u00e9taient pour elle son moyen le plus efficace d&#8217;action. Expert des hommes et des choses d&#8217;Asie, il savait combien l&#8217;Alliance \u00e9tait n\u00e9cessaire \u00e0 la renaissance du juda\u00efsme oriental. Professeur, \u00e9ducateur hors pair, aim\u00e9 et presque ador\u00e9 par ses \u00e9tudiants des g\u00e9n\u00e9rations montantes, il admirait l&#8217;oeuvre scolaire de l&#8217;Alliance Isra\u00e9lite Universelle ; il soutenait ses ma\u00eetres, il entourait ses \u00e9l\u00e8ves d&#8217;une sollicitude \u00e9clair\u00e9e. Il savait que les \u00e9coles de l&#8217;Alliance apportaient aux communaut\u00e9s d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9es du juda\u00efsme oriental la culture moderne et par l\u00e0 les conditions premi\u00e8res d&#8217;\u00e9volution vers une vie plus profond\u00e9ment humaine.<\/p>\n<p>Ce grand humaniste, cet orientaliste qui a su r\u00e9nover aussi bien en Orient qu&#8217;en Occident les \u00e9tudes indianistes et qui, par l\u00e0 m\u00eame, a jet\u00e9 les bases d&#8217;une compr\u00e9hension meilleure entre l&#8217;Orient et l&#8217;Occident, pressentait l&#8217;affrontement des valeurs orientales et des valeurs occidentales, et il voyait que cet affrontement poserait le probl\u00e8me central de la civilisation du 20\u00e8me si\u00e8cle. Pour lui, la mission de l&#8217;Alliance, prolongement de sa vocation personnelle \u00e0 lui, Sylvain L\u00e9vi, son pr\u00e9sident, \u00e9tait de jeter un pont entre l&#8217;Orient et l&#8217;Occident, entre des civilisations qui s&#8217;ignorent, mais qu&#8217;il savait compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>Sylvain L\u00e9vi est mort en 1935, apr\u00e8s avoir donn\u00e9 \u00e0 l&#8217;Alliance quarante ans de collaboration, quinze ans de pr\u00e9sidence. Il n&#8217;a pas assez v\u00e9cu pour voir toute l&#8217;ampleur de la pers\u00e9cution hitl\u00e9rienne. D\u00e8s 1928, il suit l&#8217;\u00e9volution de l&#8217;Allemagne avec angoisse, mettant tout en oeuvre, d\u00e8s l&#8217;arriv\u00e9e des premiers juifs allemands, pour qu&#8217;ils soient accueillis en France. Devant la barbarie hitl\u00e9rienne, il d\u00e9sesp\u00e9rait de ne pouvoir apporter \u00e0 tant d&#8217;infortun\u00e9s une aide efficace. Il voyait l&#8217;avenir sombre, tr\u00e8s sombre m\u00eame, sans d\u00e9sesp\u00e9rer cependant de la France et de sa mission humanitaire. Ce fut, sans doute, une gr\u00e2ce pour lui de ne pas avoir v\u00e9cu les ann\u00e9es 40, ni subi l&#8217;injure du triomphe provisoire du r\u00e9gime hitl\u00e9rien.<\/p>\n<p>Parmi les nombreuses manifestations de sympathie que le Comit\u00e9 central de l&#8217;Alliance re\u00e7ut au moment de sa mort, figure ce t\u00e9moignage d&#8217;un jeune ma\u00eetre : &#8220;C&#8217;est un savant qui dispara\u00eet et un grand coeur. Son oeuvre scientifique est un pont jet\u00e9 entre l&#8217;Orient et l&#8217;Occident, entre le pr\u00e9sent et un pass\u00e9 plusieurs fois mill\u00e9naire. Dans son \u00e2me se fondaient en un dosage unique la Science et l&#8217;Amour\u00a0<a><strong>(41)<\/strong><\/a>. &#8220;Un pont jet\u00e9 entre l&#8217;Orient et l&#8217;Occident&#8221;&#8230;&#8221; Par cette formule, l&#8217;humble ma\u00eetre d&#8217;\u00e9cole d\u00e9finissait \u00e0 la fois, et d&#8217;une mani\u00e8re essentielle, l&#8217;homme et l&#8217;oeuvre.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/inde.gif\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignright size-full wp-image-102\" title=\"inde\" src=\"http:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/inde.gif\" alt=\"\" width=\"120\" height=\"191\" srcset=\"https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/inde.gif 120w, https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/inde-94x150.gif 94w\" sizes=\"(max-width: 120px) 100vw, 120px\" \/><\/a>Cet universitaire fran\u00e7ais, aussi brillant et profond que modeste, devait diriger l&#8217;Alliance entre les deux guerres mondiales, en un temps o\u00f9 le monde changeait de dimensions et les juifs de destin. Le Foyer national juif s&#8217;\u00e9tablit alors en Palestine o\u00f9 le conflit jud\u00e9o-arabe devient aigu ; la r\u00e9volution communiste coupe le juda\u00efsme russe de tout contact avec les juifs du reste du monde ; la pers\u00e9cution antis\u00e9mite se r\u00e9pand dans une Europe en crise avant d&#8217;atteindre l&#8217;incroyable violence avec laquelleelle s\u00e9vit dans l&#8217;empire d&#8217;Hitler. N&#8217;est-il pas symbolique de noter qu&#8217;en ces heures tragiques l&#8217;Alliance ait confi\u00e9 \u00e0 un humaniste le soin de diriger ses destin\u00e9es \u00e0 l&#8217;heure de la pers\u00e9cution la plus sauvage ? Ainsi, face \u00e0 l&#8217;Allemagne qui avait vot\u00e9 en 1933 pour Hitler, la France de 1936 avait-elle massivement opt\u00e9 pour un autre grand humaniste,\u00a0<a href=\"http:\/\/judaisme.sdv.fr\/perso\/lblum\/lblum.htm\" target=\"_blank\"><strong>L\u00e9on Blum<\/strong><\/a>, que tant de liens rapprochaient de Sylvain L\u00e9vi.<\/p>\n<p><strong>Source- http:\/\/judaisme.sdv.fr\/perso\/sylvlevi\/sylvlevi.htm<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1863 &#8211; 1935 par Andr\u00e9 CHOURAQUI Extrait de\u00a0L&#8217;alliance isra\u00e9lite universelle et la renaissance juive contemporaine PUF1965, pp.203-214 Apr\u00e8s la mort de Narcisse Leven, survenue en 1915, l&#8217;Alliance Isra\u00e9lite Universelle resta pendant cinq ans sans pr\u00e9sident. Le neveu de\u00a0Charles Netter, le Dr Arnold Netter qui, depuis 1889, faisait partie du Comit\u00e9 central, assura l&#8217;int\u00e9rim en qualit\u00e9 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[18],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98"}],"collection":[{"href":"https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=98"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":104,"href":"https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98\/revisions\/104"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=98"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=98"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/nepalplus.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=98"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}